Nicolas Sarkozy devrait se simplifier la tâche et constituer au plus vite un ministère de la démagogie. Il se croit intelligent, il n’a l’intelligence que de son ambition. Avec son projet d’un ministère de l’identité nationale et de l’immigration, il ne marche pas sur les brisées du Front national, il le précède et légitime une abjection. Même Bayrou, l’inventeur de l’eau tiède, s’en offusque.
Pour Nicolas Sarkozy comme pour Jean-Marie Le Pen, l’identité est une donnée qui ne souffrirait pas d’évolution. Elle constituerait une somme, une sorte de conservatoire de l’exclusion. C’est une façon comme une autre de se réfugier dans une enfance fossile et caricaturale à force d’idéalisation bêtasse. Il se dit républicain en associant la citoyenneté à la nationalité.
Il ignore l’histoire de France et, passant, l’histoire de la République qui, justement, à ses débuts ne confondaient pas les origines avec les droits. Marat qui siégeait à la Convention était Suisse, Anarchis Cloots, "le citoyen du monde", venait des Pays-Bas et Thomas Payne, député du Nord, était Anglo-américain. Tous représentaient le peuple et bénéficiaient de la citoyenneté française. La République ne leur avait pas demandé de se naturaliser pour la défendre. Il suffisait qu’ils "méritent de l’humanité".
C’est Thiers qui, après la Commune, a supprimé cette disposition. Il se défiait de l’Internationale ouvrière. Résultat — contre lequel Victor Hugo s’est élevé —, Garibaldi, le sauveur de Dijon, a été écarté de l’Assemblée nationale.
Il y a quelque chose de pourri dans cette affaire de ministère de l’immigration et de l’identité nationale. Personne n’a demandé aux Résistants étrangers, provenant d’une soixantaine de pays, de renoncer à leur singularité avant de prendre les armes contre le fascisme et l’occupant nazi, quand Vichy avait instauré un Commissariat aux affaires juives. Et l’on ne les a même pas récompensés d’une citoyenne d’honneur, eux qui se sont voulus « Français de préférence », pour reprendre le vers d’Aragon, quand la France et la République étaient bradées par un gouvernement éminemment « national ». Nicolas Sarkozy parle de valeurs communes, héritées de l’histoire française. Il argumente son projet en prétendant disputer la nation à Jean-Marie Le Pen. Mais quelle nation ? Qui le lui demande et surtout qui lui demande d’institutionnaliser la discrimination ? Il se tourne vers le Canada pour justifier l’injustifiable. Encore faudrait-il qu’il nous explique en quoi consiste l’identité nationale canadienne. Il veut procéder à des examens de passage ? Faut-il y soumettre, à titre posthume, les héros de l’Affiche rouge, eux qui prononçaient le mot « liberté » avec des accents improbables, puis les recaler pour des fautes de syntaxes ? À force de considérer que Le Pen pose de bonnes questions auquel il apporte de mauvaises réponses, il serait plus judicieux de s’interroger sur la pertinence de ce qui ne ressemble en fin de compte qu’à une porcherie.
De : Genica Baczynski
lundi 19 mars 2007
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